Qu’est-ce qu’un numéro de port ? L’adresse IP ne suffit-elle pas ? ── Ce que signifient 80 et 443, et ce qu’est vraiment « ouvrir un port »

Ces situations vous disent quelque chose ? Une partie en ligne refuse de se connecter et, en cherchant, vous tombez sur « vous devez ouvrir un port ». Sur le réseau de l’entreprise ou de l’école, on vous annonce « tous les ports sauf le 443 sont bloqués ». Un manuel de programmation indique « accédez à localhost:3000 » ── les chiffres, vous les voyez sans cesse, mais si l’on vous demandait « au fait, c’est le numéro de quoi ? », la plupart des gens ne sauraient pas répondre.

Cet article explique depuis la base ce qu’est vraiment un « numéro de port ». La révélation, en une ligne ── l’adresse IP, qui est l’adresse postale d’un ordinateur, n’achemine le colis que jusqu’à l’ordinateur de destination (le bâtiment). À l’intérieur du bâtiment, plusieurs préposés travaillent en même temps, et le numéro de port indique à quel guichet le colis est adressé. Si l’un des points suivants vous parle, poursuivez la lecture.

  • On vous a dit d’« ouvrir un port » pour un jeu ou un serveur personnel, mais vous ne sauriez pas expliquer ce que vous ouvrez
  • Vous avez déjà hoché la tête devant « le port 443 est bloqué » en faisant semblant de comprendre
  • Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ce sont toujours le 80 et le 443 qui reviennent
  • Vous tapez le « :3000 » de localhost:3000 sans vraiment savoir ce qu’il signifie

Cet article évite d’empiler le jargon, pour que les débutants puissent suivre. Et il ne s’arrête pas au fonctionnement : il traite aussi les questions pratiques ── ouvrir un port est-il sûr, et que faire quand le 443 est bloqué.

QuestionOù c’est traité
C’est quoi, au juste, un numéro de port ?§1
Pourquoi est-ce que je vois toujours 80 et 443 ?§2
Quel rapport avec le pare-feu ?§3
Qu’ouvre-t-on quand on « ouvre un port » ?§4
Ouvrir un port, n’est-ce pas dangereux ?FAQ Q3
C’est quoi, le 3000 de localhost:3000 ?FAQ Q4
💡 Astuce

Dans notre article sur HTTPS et dans l’article sur les serveurs, nous avions promis que « les numéros de port méritent un article à eux seuls ». Le voici.

1. La véritable identité du numéro de port ── le « numéro de guichet » qui prolonge l’adresse

1-1. L’adresse seule n’amène pas le colis jusqu’au préposé

Quand vous demandez quelque chose sur Internet ── par exemple, quand vous ouvrez une page ── cette requête devient un colis qui voyage jusqu’à l’ordinateur de destination, guidé par une adresse appelée adresse IP (le fonctionnement de ces adresses → l’article sur les adresses IP). Mais dans le bâtiment du siège central où arrive le colis (→ l’article sur les serveurs), plusieurs préposés travaillent en même temps : celui qui renvoie les pages web, celui qui garde le courrier, celui qui répond à la gestion à distance. C’est la situation décrite dans l’article sur les serveurs : « une même machine peut cumuler serveur web et serveur mail ».

Autrement dit, l’adresse seule ne suffit pas. Le colis atteint le bâtiment ── mais si rien n’indique à quel préposé de l’intérieur il s’adresse, il finit en colis sans destinataire.

1-2. Voilà pourquoi la destination exige deux éléments : l’adresse et le numéro de guichet

Imaginez une mairie. L’adresse vous mène jusqu’au bâtiment de la mairie. Mais une fois à l’intérieur, des guichets numérotés s’alignent, un par type de démarche : l’état civil au guichet 3, les impôts au guichet 5. Le guichet où vous faites la queue ne dépend pas de l’adresse, mais de votre démarche.

Les destinations d’Internet fonctionnent avec la même structure en deux étages. L’adresse IP vous mène au bâtiment, et le « guichet n° X » au préposé ── ce numéro de guichet, c’est le numéro de port. Les numéros vont de 0 à 65535, et chaque ordinateur ne garde ouverts que les guichets dont son activité a besoin.

La destination a deux étages : adresse + numéro de guichet

 Destination du colis : 203.0.113.7 : 443
                        └─ adresse ─┘ └n°─┘

 L'adresse (adresse IP) …       mène au bâtiment (ordinateur)
 Le n° de guichet (port) …      mène au préposé à l'intérieur

 À l'intérieur du bâtiment du siège central
 (des guichets alignés, comme dans une mairie)
  [guichet  80] préposé web (courrier carte postale)
  [guichet 443] préposé web (courrier boîte secrète)
  [guichet  25] préposé au courrier
  [guichet  22] préposé à la gestion à distance
💡 Articles liés

Les adresses, bâtiments et gardiens d’Internet apparus jusqu’ici ont chacun leur propre article. Si un point de cet article reste flou, lisez-les en parallèle.

2. Les numéros ont un sens ── pourquoi vous voyez toujours 80 et 443

2-1. Les guichets les plus fréquentés ont des numéros convenus dans le monde entier

Dans une mairie, on peut consulter le panneau de l’entrée : « état civil ── guichet 3 ». Mais les colis d’Internet partent vers des bâtiments du monde entier, et vérifier le panneau de chaque bâtiment prendrait bien trop de temps. Alors, les numéros des guichets les plus fréquentés sont convenus à l’avance, dans le monde entier : « le courrier carte postale du web va au guichet 80 », « le courrier boîte secrète du web va au 443 » ── les mêmes numéros dans tous les bâtiments. (Les numéros réservés par cette convention s’appellent les well-known ports.)

La différence entre la carte postale et la boîte secrète ── c’est-à-dire entre HTTP et HTTPS ── est le thème de notre article sur HTTPS. Les réceptions que cet article appelait « guichet 80 » et « guichet 443 » étaient précisément ces numéros de port.

2-2. Les principaux numéros et les préposés de ces guichets

NuméroLe préposé du guichetRemarque
80Préposé web (HTTP ── la réception des cartes postales)Transporté sous une forme lisible par tous
443Préposé web (HTTPS ── la réception des boîtes secrètes)Le standard de fait du web actuel
25 / 587Préposé à l’envoi du courrierLe guichet d’expédition
110 / 993 etc.Préposé à la réception du courrierLe guichet qui ouvre votre boîte de réception
53Préposé aux recherches (DNS)Le guichet de renseignement de l’« annuaire » de notre article sur le DNS
22Préposé à la gestion à distance (SSH)Le guichet des administrateurs de serveurs

Derrière des gestes quotidiens comme « consulter un site » ou « envoyer un e-mail », chaque colis est adressé à l’un des guichets de ce tableau.

2-3. D’habitude, c’est le navigateur qui ajoute le numéro pour vous

« Mais je n’ai jamais tapé 443 dans une URL », penserez-vous. Et pour cause ── d’habitude, le navigateur ajoute le numéro automatiquement. Si l’adresse commence par https://, le colis est adressé au guichet 443 ; par http://, au guichet 80. Même sans y penser, la destination porte un numéro à chaque fois.

Il arrive aussi qu’un humain écrive le numéro à la main. L’exemple classique est le serveur d’entraînement qu’un développeur monte à l’intérieur de son propre PC. Le « :3000 » de localhost:3000, c’est exactement cela ── un « adressé au guichet 3000 » écrit à la main (ce qu’est vraiment localhost mérite un article à lui seul).

D'habitude, le navigateur ajoute le numéro pour vous

 Ce que vous tapez :  https://example.com/
 Destination réelle : le bâtiment d'example.com : guichet 443
                                                  △
                                 en voyant https://, le navigateur
                                 ajoute 443 automatiquement

 Écrit à la main :    localhost:3000
                              └─ « au guichet 3000 », à la main

3. Protéger par numéro ── le gardien regarde à quel guichet chaque colis est adressé

3-1. Un guichet ouvert est aussi une entrée ouverte

Les guichets sont pratiques ── mais chaque guichet ouvert est une entrée de plus dans le bâtiment. Les dégâts massifs de 2003 racontés dans l’article sur le pare-feu sont survenus précisément parce que des colis d’attaque venus du monde entier ont atteint des « guichets laissés ouverts » (le 135 et le 445). Laisser ouverts des guichets inutilisés, c’est comme oublier de verrouiller une porte qu’on n’utilise jamais.

3-2. Voilà pourquoi le gardien laisse passer ou bloque selon le numéro de destination

C’est ici qu’intervient le pare-feu. Le gardien (pare-feu) regarde le numéro de guichet auquel chaque colis est adressé et trie : « ce qui va au 443 passe, le reste est bloqué ». Quand l’entreprise ou l’école vous dit « tous les ports sauf le 443 sont bloqués », c’est cette politique à l’œuvre. N’ouvrir que les guichets nécessaires et garder les autres fermés ── la forme de base de la protection d’un bâtiment.

Le gardien laisse passer ou bloque selon le numéro de guichet

 [colis pour le 443] ──> gardien ──> passe ──> [guichet 443] web (HTTPS)
 [colis pour le  80] ──> gardien ──> passe ──> [guichet  80] web (HTTP)
 [colis pour le 135] ──> gardien ──×  bloque   (rien pour les guichets inutilisés)
⚠️ Piège courant

« Fermer un port » ne veut pas dire « perdre cette fonction ». Ce qui est fermé, c’est la réception côté bâtiment. Votre PC peut toujours aller demander au guichet 443 des autres bâtiments, donc vous naviguez comme d’habitude. Fermer ne gêne que lorsqu’il existe des colis qui doivent entrer dans votre bâtiment depuis l’extérieur.

4. Ce qu’est vraiment « ouvrir un port » ── faire arriver les colis de l’extérieur jusqu’à un guichet de l’intérieur

4-1. Le routeur de la maison bloque presque tout ce qui vient de l’extérieur

Sur un réseau domestique, vos appareils vivent du côté intérieur du routeur. Ce que le monde extérieur voit, c’est seulement le numéro du standard (l’adresse IP publique), si bien que même un colis adressé nommément au « guichet X de votre PC » se fait arrêter au routeur (ce mécanisme de standard et de postes internes → l’article sur le NAT). Au quotidien, cela joue en votre faveur, comme défense.

4-2. Ouvrir un port, c’est écrire une ligne à la main dans le registre du routeur

Mais il y a des moments où vous voulez que les colis de l’extérieur soient livrés jusqu’à l’intérieur de la maison ── les connexions de vos adversaires de jeu en ligne, ou les visiteurs d’un serveur personnel. C’est à cela que sert l’« ouverture de port ». Sa véritable identité : une ligne écrite à la main dans le registre du routeur ── « quand un colis pour le guichet X arrive, transmets-le à cet appareil ». Ce n’est pas un gros chantier comme percer un mur ── vous ajoutez simplement une ligne aux règles de transmission de la réception (les étapes concrètes et les types de NAT des jeux → l’article sur le NAT §4).

4-3. Dans quel ordre soupçonner les ports quand « ça ne se connecte pas »

Quand quelque chose ne se connecte pas, inutile de soupçonner les ports d’emblée. Cernez le problème dans cet ordre.

  1. 1Vérifiez d’abord les basesÉcartez la faute de frappe dans l’URL, la connexion instable et la panne du côté d’en face (→ le diagnostic de l’article sur les serveurs §4).
  2. 2Cherchez un numéro dans le message d’erreurDes mots comme « port », « 443 » ou « blocked » rendent une cause liée aux ports bien plus probable.
  3. 3Déterminez de quel côté est le problèmeSur le réseau de l’entreprise ou de l’école, c’est la configuration de l’administrateur (vous ne pouvez pas l’ouvrir vous-même). À la maison, si des connexions depuis l’extérieur sont nécessaires, c’est le tour de l’ouverture de port.

Et n’ouvrez pas de ports sans raison. Comme l’a montré le §3, chaque guichet ouvert devient une entrée. N’ouvrez que les numéros nécessaires et fermez-les une fois l’usage terminé ── traitez-les comme une mairie qui ferme ses guichets à la fin de la journée.

Résumé ── l’essentiel en 4 lignes

  • Un numéro de port est un numéro de guichet : l’adresse (IP) mène au bâtiment, le numéro de guichet au préposé à l’intérieur ── la destination a deux étages
  • Les numéros courants sont convenus dans le monde entier : la carte postale du web, c’est le 80 ; la boîte secrète, le 443 ── et d’habitude, le navigateur les ajoute pour vous
  • Un guichet ouvert devient une entrée : c’est pourquoi le gardien (pare-feu) laisse passer ou bloque les colis selon leur numéro de destination
  • Ouvrir un port, c’est une ligne dans un registre : une consigne de transmission qui passe les colis de l’extérieur à un appareil de la maison ── n’ouvrez que le nécessaire, et refermez après usage

Voilà l’histoire de la destination d’un colis reliée de bout en bout : l’adresse (adresse IP) → l’annuaire (DNS) → le bâtiment et son siège central (serveur) → le numéro de guichet (cet article). Pour refaire tout le voyage → l’article de synthèse.

FAQ

Q1. Quelle est la différence entre un numéro de port et une adresse IP ?

A. Ce sont des étages différents de la destination. L’adresse IP est l’adresse qui indique le bâtiment (l’ordinateur) ; le numéro de port indique le guichet (le préposé) à l’intérieur du bâtiment. En termes de mairie : l’adresse vous mène au bâtiment, et votre démarche décide si vous faites la queue au guichet 3 ou au guichet 5 ── ce n’est qu’avec les deux étages réunis que le colis atteint le bon préposé.

Q2. Pourquoi HTTPS utilise-t-il le port 443 ?

A. Parce qu’une convention mondiale l’a réservé ainsi, à l’avance. Comme « le courrier boîte secrète du web (HTTPS) va au guichet 443 » vaut dans tous les bâtiments, le navigateur peut envoyer ses colis droit au bon guichet sans consulter le moindre panneau. Le numéro en lui-même ne cache aucun sens profond ── retenir « 443 = le guichet de HTTPS » suffit largement.

Q3. Ouvrir un port, n’est-ce pas dangereux ?

A. Si vous limitez les numéros ouverts et la durée, inutile d’en avoir une peur excessive. Mais comme l’a montré le §3, un guichet ouvert est une entrée depuis l’extérieur. N’ouvrez que les numéros dont votre jeu ou votre serveur a besoin, refermez-les quand ils ne servent plus, et gardez à jour les appareils de la maison ── ces trois règles sont la base. Un numéro dont vous ne pouvez pas expliquer l’utilité ne doit pas être ouvert.

Q4. C’est quoi, le 3000 de « localhost:3000 » ?

A. Un « adressé au guichet 3000 » écrit à la main. Les développeurs montent un serveur d’entraînement à l’intérieur de leur propre PC pour tester leur travail (→ l’article sur les serveurs §1-3), et comme ce serveur d’entraînement attend les requêtes au guichet 3000, on ajoute « :3000 » à la destination. Ce qu’est vraiment localhost mérite un article à lui seul, prévu pour plus tard.

Q5. Comment vérifier si un port est « ouvert » ou « fermé » ?

A. Commencez par le message d’erreur et par votre administrateur. Sur le réseau d’une entreprise ou d’une école, les numéros qui passent dépendent de la configuration de l’administrateur : demander à l’administrateur ou au support est la voie la plus sûre. À la maison, la page de configuration de votre routeur comporte une section « transfert de ports (port forwarding) » qui montre quels numéros sont transmis à quels appareils. Vérifier qu’aucun guichet n’a été ouvert sans raison fait partie du travail du gardien (→ l’article sur le pare-feu).

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