La climatisation se cale pile sur la température choisie. Le régulateur de vitesse tient l’allure dans les côtes. Un drone encaisse une rafale puis se remet à plat. Derrière tout cela travaille le même mécanisme infatigable : la régulation PID, la façon standard dont les machines poursuivent une cible et corrigent en douceur le moindre écart.
Le nom a des airs de sigle intimidant. En réalité, le PID n’est rien d’autre qu’un régulateur tout simple qui a grandi, correction après correction, jusqu’à devenir un empilement remarquablement pratique. Dans cet article, nous partons du régulateur le plus fruste qui soit — le simple marche/arrêt — et nous ajoutons un terme à la fois : P, puis PI, puis PID. À chaque étape, vous verrez la réponse changer dans des circuits interactifs qui tournent directement dans cette page.
Les figures 1 à 5 sont interactives : de vraies simulations, pas des vidéos. Vous pouvez commencer par jouer avec les figures et revenir au texte ensuite. Les graphiques réagissent à l’instant même où vous bougez un curseur.
Une précision avant de commencer : cette fois, le circuit lui-même n’est pas la vedette. Il joue la doublure de n’importe quel équipement qui répond à un ordre avec du retard : un radiateur qui chauffe une pièce, un moteur qui prend de la vitesse, de l’eau qui tiédit. Une bonne partie du monde physique se comporte ainsi, et c’est précisément ce retard qui fait de la régulation un métier.
1. D’abord, le vocabulaire de la régulation
L’objectif est toujours le même : amener la valeur réelle à la valeur voulue, et l’y maintenir. La recette qui décide quel ordre envoyer à l’équipement, c’est cela, la régulation. Cet article utilise les symboles standards du métier.
Si vous préférez d’abord vous faire une idée du comportement réel, sautez directement : → Fig. 1.
| Symbole | Nom complet | Signification |
|---|---|---|
| SP | Set Point (consigne) | La valeur que vous voulez. La ligne grise en pointillés des graphiques. |
| PV | Process Value (mesure) | La valeur réellement mesurée ; ici, la tension du condensateur. La ligne bleue continue. |
| MV | Manipulated Variable (commande) | L’ordre injecté dans l’équipement ; ici, la tension SoftMV. La ligne jaune continue. |
| e | Erreur (écart) | De combien on dévie : \(e = SP-PV\). Le régulateur ne regarde rien d’autre que ce e pour décider de MV. |
Et voici la destination de cet article : la régulation PID tient en une seule ligne. On observe l’erreur e sous trois angles — combien elle vaut maintenant (P), combien elle s’est accumulée au fil du temps (I) et à quelle vitesse elle évolue (D) — puis on additionne les trois réponses pour former la commande.
\[ MV = K_p\, e + K_i \int e\, dt + K_d \frac{de}{dt} \]
N’essayez pas de l’absorber d’un coup. Nous allons faire pousser cette équation terme après terme, de gauche à droite : en partant de zéro équation (le tout ou rien), puis en ajoutant un terme chaque fois que le régulateur montre ses limites. La ligne d’arrivée de ce parcours, c’est la formule ci-dessus.
Notre « équipement » de substitution est une résistance de 100 Ω qui alimente un condensateur de 47 µF. Quand on commande une tension MV, la tension du condensateur PV la rejoint progressivement, avec une constante de temps \(\tau = RC = 100 \times 47 \times 10^{-6} \approx 4{,}7\,\mathrm{ms}\) : un retard du premier ordre d’école. Sa réponse à un échelon est la courbe classique, et son caractère « je ne peux pas changer d’un coup » est inscrit dans la formule elle-même.
\[ PV(t) = MV \left( 1-e^{-t/\tau} \right) \]
Dans chaque figure, le graphique du haut montre SP (gris pointillé) et PV (bleu) ; celui du bas, MV (jaune). L’astuce est de les lire en tandem : en haut, « le bleu se rapproche-t-il du gris ? » ; en bas, « combien le jaune travaille-t-il pour y parvenir ? ». Quand le centre d’une figure sort de l’écran, sa simulation se met en pause toute seule (voyez sim=run/pause dans la ligne d’état).
2. Tout ou rien (Fig. 1 : régulation ON/OFF)
Commençons sans aucun outil. En dessous de la consigne ? Pleine puissance. Au-dessus ? On coupe. C’est le régulateur que tout le monde invente du premier coup, et il est toujours partout : le thermostat d’un fer à repasser, une bouilloire ou un radiateur soufflant fonctionnent exactement ainsi.
Implémenté tel quel, il claquerait marche/arrêt à toute vitesse pile sur la consigne ; en pratique on ajoute donc une bande d’hystérésis (bande morte) de largeur h. Écrit sous forme de conditions :
\[ MV = \begin{cases} MV_{\max} & \left( PV < SP - \dfrac{h}{2} \right) \\[0.4em] 0 & \left( PV > SP + \dfrac{h}{2} \right) \\[0.4em] \text{conserver l’état précédent} & \left( \text{sinon} \right) \end{cases} \]
On passe sous la bande : marche. On dépasse la bande : arrêt. À l’intérieur : on ne touche à rien. Voilà tout l’algorithme : deux comparaisons, pas une seule multiplication. Cette simplicité est la grande force de la régulation tout ou rien.
La règle qui pilote cette figure
- Nettement sous la consigne → on branche la tension (SoftMV) à fond
- Nettement au-dessus → on la coupe
À essayer
| 1 | Regardez le graphique du haut : le bleu (PV) traverse le gris (SP) encore et encore, sans jamais s’arrêter |
|---|---|
| 2 | Resserrez l’« Hystérésis » vers 0,2 V. Les commutations s’accélèrent et le va-et-vient devient nerveux |
| 3 | Élargissez-la maintenant à 1,0 V. Moins de commutations, mais une oscillation plus ample |
| 4 | Faites glisser le curseur SP et observez toute la bande suivre la consigne |
À observer
Le bleu ne se colle jamais au gris : il fait la navette à l’intérieur de la bande (le fameux « pompage », ou cycle limite). Le MV jaune, en bas, est un signal carré qui claque entre zéro et pleine puissance. Resserrez la bande et l’oscillation diminue, mais les commutations explosent — et sur du vrai matériel, commuter sans arrêt dévore relais et résistances chauffantes. Vous êtes condamné à sacrifier soit l’ondulation, soit la durée de vie. Ce compromis, c’est la limite de la régulation tout ou rien.
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—SP/PV
MV
Simulation : CircuitJS1 (Paul Falstad / Iain Sharp et al., GPL)
3. Pousser proportionnellement à l’écart (Fig. 2 : régulation P)
Nous voulons faire disparaître le va-et-vient. Nous prenons donc notre premier vrai outil : au lieu de choisir entre tout et rien, pousser avec une force proportionnelle à la distance qui nous sépare de la consigne. C’est l’action proportionnelle — le « P » de PID.
\[ MV = K_p\, e = K_p\,(SP-PV) \]
Loin de la consigne, on pousse fort ; en approchant, on relâche. C’est exactement ce que fait votre main sur le mitigeur de la douche. Le gain proportionnel \(K_p\) est la sensibilité : « combien de volts de poussée par volt d’écart ».
Mais le P seul a un défaut de naissance. Notre équipement retombe dès qu’on cesse de pousser : tenir la consigne exige un effort permanent. Or \(MV = K_p e\) dit que quand l’écart tombe à zéro, la poussée tombe à zéro aussi. Un régulateur qui ne peut pousser que tant qu’il reste un écart n’a d’autre choix que de s’arrêter un peu avant et de s’équilibrer là. Ce reliquat s’appelle l’erreur statique (offset).
Pour cet équipement précis, qui se stabilise à \(PV = MV\), on peut calculer le point d’équilibre. En résolvant \(PV = K_p (SP-PV)\) :
\[ PV = \frac{K_p}{1 + K_p}\, SP, \qquad e_{\infty} = \frac{SP}{1 + K_p} \]
Avec \(SP = 3\,\mathrm{V}\) et \(K_p = 5\), la prédiction donne \(PV = 2{,}5\,\mathrm{V}\) : il manque environ 0,5 V. Vérifiez sur la figure ci-dessous : il atterrit exactement là. Augmenter \(K_p\) réduit l’écart (le dénominateur grossit), mais la réponse devient brutale et les premiers dépassements et oscillations pointent le bout du nez.
La règle qui pilote cette figure
- Plus on est loin de la consigne, plus la tension (SoftMV) pousse fort vers le haut ou le bas (Kp)
À essayer
| 1 | Laissez Kp = 5 et vérifiez que le bleu (PV) se gare un peu en dessous du gris (SP) : environ 2,5 V pour SP = 3 V |
|---|---|
| 2 | Baissez Kp à 1. L’écart devient énorme (la formule annonce la moitié de SP : 1,5 V) |
| 3 | Montez Kp à 8. L’écart se réduit — mais bougez la SP et vous verrez apparaître des dépassements |
| 4 | Déplacez la SP par à-coups et comparez la poursuite du bleu avec la trace jaune du bas |
À observer
Le va-et-vient a disparu. Mais le bleu s’arrête toujours un cheveu avant le gris. Jouez avec Kp et confrontez l’écart à la formule \(e_{\infty} = SP/(1+K_p)\). Regardez aussi le jaune : fini le signal carré qui claque, il glisse maintenant en douceur, proportionnel à l’écart. C’est l’autre grande différence avec la Fig. 1.
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—SP/PV
MV
Simulation : CircuitJS1 (Paul Falstad / Iain Sharp et al., GPL)
4. Effacer l’écart résiduel avec le temps (Fig. 3 : régulation PI)
La faiblesse du P était « pas d’écart, pas de poussée ». Le remède est presque effronté : tenir le compte cumulé de l’écart au fil du temps, et pousser aussi sur ce compte. C’est l’action intégrale (I) ; ajoutée au P, elle donne la régulation PI.
\[ MV = K_p\, e + K_i \int e\, dt \]
Tout se joue dans le second terme. Tant qu’il reste le moindre écart e, l’intégrale \(\int e\, dt\) continue de croître — autrement dit, la poussée continue d’augmenter tant que la consigne n’est pas atteinte. Avec cette règle, aucun point de fonctionnement autre que e = 0 ne peut être un équilibre. Voilà exactement pourquoi l’erreur statique laissée par le P est éliminée — pas approximativement : par principe.
Observez le régime établi et vous verrez quelque chose de savoureux : l’écart est nul, donc le terme P ne fournit plus rien. Ce qui soutient la PV, c’est le terme intégral tout seul, qui porte l’effort permanent grâce à la mémoire des écarts passés. L’intégrateur est la mémoire du régulateur.
Il y a un prix. Comme l’intégrale traîne son histoire, elle est encore « chargée » au moment d’atteindre la consigne : la réponse a donc tendance à dépasser d’abord, puis à revenir. Montez trop \(K_i\) et elle se balancera plusieurs fois avant de se poser.
La règle qui pilote cette figure
- Plus on est loin de la consigne, plus la tension pousse fort (Kp)
- L’écart restant s’accumule au fil du temps et se résorbe peu à peu (Ki)
À essayer
| 1 | Avec Kp = 5 et Ki = 50, vérifiez que le bleu (PV) vient se coller sur le gris (SP) : la grande différence avec la Fig. 2 |
|---|---|
| 2 | Mettez Ki à 0. Vous retrouvez le « toujours un cheveu trop court » de la Fig. 2 |
| 3 | Montez Ki au-delà de 100 et bougez la SP. Vous verrez le dépassement puis le balancement avant la stabilisation |
| 4 | Une fois stabilisé, regardez le graphique du bas : écart nul, et pourtant le jaune (MV) tient un niveau constant — c’est le terme intégral qui travaille en solo |
À observer
Le bleu se colle désormais au gris. C’est la puissance de l’action intégrale. Mais observez juste après un saut de SP : le bleu franchit la consigne une fois avant de revenir. « Effacer l’écart à coup sûr » et « ne jamais dépasser » tirent en sens opposés, et équilibrer Kp contre Ki est votre premier contact avec ce que les ingénieurs appellent le réglage (tuning).
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—SP/PV
MV
Simulation : CircuitJS1 (Paul Falstad / Iain Sharp et al., GPL)
5. Freiner avant de dépasser (Fig. 4 : régulation PID)
Le PI sait désormais se caler pile sur la consigne. Le grief restant, c’est le dépassement. Pendant que l’on fonce vers la cible, le PI continue de pousser tant qu’il reste un écart : il garde le pied sur l’accélérateur jusqu’au pas de la porte. Aucun conducteur humain ne ferait cela : à l’approche d’un stop, on freine avant d’y être. L’action dérivée (D), c’est ce freinage anticipé, écrit en langage mathématique.
\[ MV = K_p\, e + K_i \int e\, dt + K_d \frac{de}{dt} \]
Et voilà : l’équation de l’introduction est complète — c’est le PID. Le troisième terme surveille \(de/dt\), la vitesse à laquelle l’écart évolue. Quand on fond sur la consigne, e rétrécit vite, donc \(de/dt\) est très négatif : le terme D rogne la poussée (il freine). Et quand une perturbation vous éjecte brutalement de la consigne, D réagit à la vitesse à laquelle l’écart grandit et contre-attaque avant tout le monde.
La distribution des rôles, en une ligne chacun :
- P (le présent) — pousse proportionnellement à l’écart actuel. Le cheval de trait.
- I (le passé) — mémorise l’écart cumulé et porte l’effort permanent final. Il tue l’erreur statique.
- D (le futur) — lit la tendance et freine avant que le dépassement n’arrive.
La règle qui pilote cette figure
- Plus on est loin de la consigne, plus la tension pousse fort (Kp)
- L’écart restant s’accumule au fil du temps et se résorbe (Ki)
- Plus l’écart évolue vite, plus la poussée est rognée pour éviter le dépassement (Kd)
À essayer
| 1 | Avec Kp = 4, Ki = 50, Kd = 0,02, faites un grand saut de SP et notez de combien le pic bleu dépasse |
|---|---|
| 2 | Mettez Kd à 0 et recommencez. Le dépassement grossit : plus de freins |
| 3 | Montez Kd à 0,05. Le jaune (MV) devient nerveux — sur du vrai matériel, le bruit du capteur le ferait vibrer sans fin |
| 4 | Regardez le graphique du bas à l’instant du saut de SP : ce pic jaune acéré, c’est la D au travail |
À observer
Avec un Kd modéré, le bleu cesse de transpercer le gris. Guettez le moment où la trace jaune relâche tôt, juste avant l’arrivée : c’est là qu’elle freine. Mais sans excès : la D réagit au changement, bruit compris. Sur le terrain, les ingénieurs gardent souvent une D petite, voire s’en passent et restent en PI — et après une minute de jeu avec cette figure, vous sentirez exactement pourquoi.
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—SP/PV
MV
Simulation : CircuitJS1 (Paul Falstad / Iain Sharp et al., GPL)
6. Tenir bon face aux perturbations (Fig. 5)
Jusqu’ici, nous avons regardé le régulateur poursuivre des changements de consigne. Mais là où la régulation en boucle fermée gagne vraiment sa vie, c’est quand le monde s’en mêle sans prévenir : quelqu’un ouvre une fenêtre et la pièce se refroidit, la route se met à grimper, une rafale bouscule le drone. Toute poussée imprévue qui éjecte la PV de la consigne s’appelle une perturbation.
Voici la partie élégante : le PID n’a besoin d’aucun mécanisme supplémentaire pour gérer les perturbations. L’équation est très exactement celle de la Fig. 4.
\[ MV = K_p\, e + K_i \int e\, dt + K_d \frac{de}{dt} \]
Le régulateur n’a aucune idée du pourquoi de l’écart. Il réagit au simple fait qu’un écart existe — que vous ayez déplacé la consigne ou que le monde ait bousculé le procédé. Cette indifférence à la cause est précisément ce qui rend la régulation en boucle fermée si robuste.
La règle de cette figure (le même PID que la Fig. 4)
- P, I et D travaillent exactement comme avant
- Le bouton « Impulsion de perturbation » injecte une tension dans le circuit par le côté et éjecte de force la PV de la consigne
À essayer
| 1 | Avec Kp = 6, Ki = 60, Kd = 0,02, attendez que le bleu (PV) se pose sur le gris (SP) |
|---|---|
| 2 | Cliquez sur « Impulsion de perturbation ». Le rouge (Dist) fuse dans le graphique du bas et le bleu est projeté vers le haut |
| 3 | Regardez le bleu retrouver le gris tout seul — et le jaune (MV) mouiller la chemise pour y parvenir |
| 4 | Mettez Kd à 0 et refaites l’impulsion. Comparez la forme de la récupération (première réaction, balancement) |
À observer
Juste après l’impact de l’impulsion : la D réagit la première au changement brutal, le P contre-attaque, et l’I ramasse l’écart restant — toute la distribution des rôles se déploie dans une seule récupération. Quand vous ouvrez la fenêtre d’une pièce climatisée et que la température est revenue toute seule quelques minutes plus tard, c’est exactement cette séquence qui se joue derrière le mur.
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—SP/PV
MV/Dist
Simulation : CircuitJS1 (Paul Falstad / Iain Sharp et al., GPL)
7. Le PID se cache tout autour de vous
L’empilement « P + I + D » que nous venons de construire n’est pas une technologie d’usine exotique. Il est quasi invisible précisément parce qu’il est partout :
- Climatiseurs et chauffe-eau — ils se posent en douceur sur la température choisie et se rattrapent quand une porte s’ouvre. Les appareils à inverter font typiquement tourner des boucles de température de la famille PID.
- Régulateur de vitesse — la position de l’accélérateur est la MV, la vitesse est la PV et la côte est la perturbation.
- Drones — des angles d’assiette corrigés par PID des centaines de fois par seconde. Un drone qui se remet à plat après une rafale, c’est la Fig. 5 au pied de la lettre.
- La buse d’une imprimante 3D — maintenue vers 200 °C à un degré près. Ouvrez la configuration du firmware : vous y trouverez Kp, Ki et Kd sous ces noms exacts.
- Cuiseurs à riz et fours — plus la gamme monte, plus le suivi du profil de température est fin.
- Automates programmables et régulateurs de procédé — le bloc standard des boucles de température, de pression et de débit dans l’industrie. Le bouton « autoréglage » ? Il choisit Kp, Ki et Kd à votre place.
Pendant ce temps, le radiateur soufflant et la bouilloire restent en pur tout ou rien (Fig. 1) — et ils ont bien raison. Si errer à l’intérieur d’une bande ne coûte rien, la simplicité l’emporte. N’ajoutez que les termes que la précision exigée réclame : le chemin que nous avons parcouru — ON/OFF → P → PI → PID — est aussi, pas à pas, la façon dont un ingénieur en exercice décide de la dose de régulation dont chaque tâche a réellement besoin.
8. Précautions sur le matériel réel
Trois sujets qui paraissent inoffensifs dans les figures et montrent les dents dès qu’on passe au matériel réel. Il se trouve que le code de régulation de cette page embarque, discrètement, une parade pour chacun.
- Saturation — les actionneurs réels ont des butées (un chauffage ne peut pas dépasser 100 %). Tant que la MV est plaquée contre une butée, les belles équations linéaires cessent de s’appliquer.
- Emballement de l’intégrale (windup) — si l’intégrateur continue d’accumuler pendant que la sortie sature, la poussée emmagasinée explose en un dépassement énorme à la libération. Le remède standard : ne pas intégrer pendant la saturation (le code de cette page annule le pas d’intégration chaque fois que la sortie est écrêtée).
- La dérivée et le bruit — la D amplifie ce qui change vite, et rien ne change plus vite que le bruit d’un capteur. Les régulateurs réels ajoutent un filtre passe-bas sur la D, la gardent petite, ou la suppriment et tournent en PI.
Une démystification pour finir. Dans un microcontrôleur ou un automate, l’intégrale n’est qu’une somme cumulée et la dérivée n’est que « cet échantillon moins le précédent ». Le JavaScript qui anime cette page calcule exactement :
\[ MV_n = K_p\, e_n + K_i \sum_{k} e_k\, \Delta t + K_d\, \frac{e_n-e_{n-1}}{\Delta t} \]
La forme des manuels (intégrales et dérivées) et la forme du code (sommes et soustractions) sont la même idée sous deux habits. Dès que l’on comprend que la formule intimidante se compile en additions et en soustractions, le PID cesse d’être de la théorie et devient un outil.
Résumé
- Réguler, c’est décider d’une commande (MV) qui amène la valeur réelle (PV) à la consigne (SP) et l’y maintient.
- La régulation tout ou rien (Fig. 1) est simple et robuste, mais erre indéfiniment dans sa bande d’hystérésis.
- La régulation P (Fig. 2) tue le va-et-vient, mais « pas d’écart, pas de poussée » laisse une erreur statique (sur cet équipement, \(e_{\infty}=SP/(1+K_p)\)).
- Ajouter l’I donne le PI (Fig. 3) : l’écart cumulé fournit l’effort permanent et efface l’offset par principe, au prix d’un dépassement.
- Ajouter la D donne le PID (Fig. 4) : un freinage anticipé contre le dépassement, au prix d’une sensibilité au bruit.
- Le PID achevé gère changements de consigne et perturbations (Fig. 5) avec une seule et même équation.
- De la climatisation aux drones, le PID est une pièce standard des machines du quotidien — et là où le tout ou rien suffit, on continue d’utiliser le tout ou rien.
| Figure | Régulateur | Terme ajouté | Ce qu’on y voit |
|---|---|---|---|
| Fig. 1 | ON/OFF | — | Pompage (va-et-vient dans la bande) |
| Fig. 2 | P | Proportionnel | Plus de va-et-vient, mais un offset subsiste |
| Fig. 3 | PI | + Intégral | Offset effacé ; le dépassement apparaît |
| Fig. 4 | PID | + Dérivé | Freinage avant le dépassement |
| Fig. 5 | PID + perturbation | — | La même équation, récupération automatique |
Questions fréquentes
Q1. Ce circuit est-il un vrai régulateur de température ?
R. Non : c’est une doublure. Le couple résistance–condensateur reproduit le caractère « répond avec du retard » que partagent chauffages, moteurs et bien d’autres procédés réels (un retard du premier ordre), avec la rapidité et la sécurité qu’exige une exécution dans votre navigateur. Avec τ ≈ 4,7 ms, une réponse complète tient dans la fenêtre de 0,05 s du graphique.
Q2. Comment choisit-on Kp, Ki et Kd ?
R. Ce processus s’appelle le réglage (tuning). Il existe des recettes classiques (celle de Ziegler–Nichols est la plus célèbre), et les régulateurs industriels comme les firmwares de drones offrent un autoréglage qui choisit les gains à votre place. À la main, l’ordre consacré est : façonner la réponse avec le P seul, ajouter l’I pour effacer l’offset, puis une pincée de D seulement si nécessaire — c’est précisément l’ordre des chapitres de cet article.
Q3. Pourquoi la régulation est-elle calculée en JavaScript et non dans le circuit ?
R. En partie parce que CircuitJS1 n’offre pas de bloc PID tout fait, et en partie pour garder curseurs, graphiques et circuit synchronisés dans une seule page. Le script de la page lit la PV dans la simulation, calcule la loi PID et écrit le résultat dans la source de tension SoftMV : la même boucle lire-le-capteur → calculer → écrire-la-sortie que vous programmeriez dans un microcontrôleur.
Q4. Est-ce le même PID que dans un automate ou un régulateur de procédé ?
R. Le squelette est identique, mais les implémentations commerciales ajoutent des raffinements : dérivée sur la PV, filtrage de la dérivée, dispositifs anti-windup, transfert sans à-coup, etc. Prenez cet article comme un modèle pédagogique du squelette.
Q5. On dit qu’en pratique la D est souvent laissée de côté. C’est vrai ?
R. « Souvent, oui » est la réponse honnête. Sur les procédés bruités et les boucles de température lentes, le PI suffit généralement, et le bénéfice de la D arrive empaqueté avec l’amplification du bruit. Le tremblement que vous avez vu sur la trace jaune en montant Kd dans la Fig. 4, c’est ce risque en miniature.

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